Caractéristiques de Skellig

Par , 22 mars 2010 20h15

Dimensions

Matériau : Chêne
Longueur : 15 mètres
Largeur : 5 mètres
Tirant d’eau : 2,50 mètres
Déplacement : 30 tonnes
Voiles : 150 mètres carrés
Motorisation : 85 chevaux

Quelques mots d’histoire

Les premiers bateaux pontés apparurent vers 1850 sur la côte nord de Bretagne, probablement inspirés des bateaux anglais à viviers qui pratiquaient la pêche aux crustacés le long des côtes bretonnes depuis le siècle précédent.

Vers 1870, un Camarétois entreprit avec succès un voyage jusqu’aux côtes espagnoles, débutant la longue histoire de la pêche langoustière bretonne.
Au début du siècle, les petits sloups demi-pontés de Camaret et du Cap Sizun (Audierne, Plogoff et l’Ile de Sein) s’aventurèrent jusqu’à Belle-Île, et à l’élargissement des zones de pêche, correspondit une évolution technique des voiliers.

Ainsi apparut le sloup à vivier de l’Iroise, plus grand et entièrement ponté, à « cul carré » (de 11 à 13 mètres) et à voute en « cul de poule » (de 14 à 15 mètres).

Des bateaux plus forts de 16 à 18 mètres, seront gréés en « dundée » et porteront un « tape-cul » qui facilitera les évolutions autour des bouées de casiers. Avec ces bateaux rapides et marins, les Camarétois étendront leurs zones de pêche de l’Ecosse au Portugal et, plus tard, comme les Douarnenistes avec des bateaux plus grands encore, jusqu’aux côtes de Mauritanie.

Du début du siècle aux années 30, les sloups et les dundées évoluront peu dans les formes, leurs principes et leur gréement. Avec la deuxième guerre mondiale, ils seront tous motorisés et ils verront leur surface de voilure diminuer.

À ces voiliers succèderont les langoustiers à moteur de plus fort tonnage.

La pêche aux casiers au temps de la voile

Les bateaux se préparent en général début mai et désarment à la fin octobre. Les engins de pêche, les casiers, sont embarqués dans la cale et sur le pont.

La langouste se pêche avec des casiers cylindriques, construits par les marins avec des baguettes de châtaignier refendues et formées en cercles, sur lesquelles sont clouées des lattes espacées.

Les casiers sont gréés par couples ou montés en filières, appatés avec des morceaux de grondin, et mouillés pendant la nuit sur fonds rocheux à la période des mortes-eaux. Chaque filière est reliée à la surface par un orin et des flotteurs munis d’un pavillon.

Le relevage des casiers nécessite des manœuvres de la part du voilier, qui doit composer avec la direction du vent et des courants ; par temps calme le canot annexe est mis à l’eau, les langoustes sont maintenues en vie dans le vivier et déchargées au port à marée basse.

Construire un sloup langoustier aujourd’hui

Construire une reconstitution de bateau ancien n’est pas nouveau en Europe. Au début du siècle, les Norvégiens déjà, en sebasant sur leurs découvertes archéologiques récentes, reconstruisirent un drakkar et traversèrent l’Atlantique.

Dans les années 40, quelques chercheurs entreprirent de reconstituer avec la plus grande rigueur scientifique des embarcations anciennes et se lancèrent dans des traversées océaniques (Thor Heyerdhal avec le Kon-Tiki, et plus tard Tim Severin avec le Saint Brandan…)

En France, cet intérêt pour les bateaux de travail traditionnels et pour l’histoire des gens de mer ne naquit que tardivement.
Rien ou presque n’avait été recueilli de la riche tradition maritime des côtes françaises. La collecte d’informations, de témoignages et de documentation nécessaire à la reconstitution d’un bateau ancien n’avait été entreprise qu’ in extremis pour sauver les derniers éléments de ce patrimoine menacé de disparition totale.
C’est ainsi que, gâce aux travaux d’un groupe de chercheurs passionnés (Ar Vag) et aux associations, prit naissance une chaloupe sardinière, première reconstitution à objectif scientifique jamais réalisée en France. De nombreux exemples allaient suivre (Chaloupe du Trégor, Bisquines, Sinagos, Dragou…)

Construire et naviguer expérimentalement allaient mettre en évidence des points jusqu’alors inexpliqués, et permettre de mieux connaître les gestes et les techniques anciennes.

Réaliser un bateau traditionnel est aussi une démarche culturelle face à l’uniformisation de la plaisance d’aujourd’hui, et permet de retrouver une qualité de navigation et de vie à bord que n’offrent pas toujours les bateaux modernes.

Pourquoi un langoustier

Le langoustier de l’Iroise se prête particulièrement bien à la navigation de croisière. De taille moyenne, il reste maniable par un petit équipage. Il peut affronter des conditions de mer difficiles grâce à ses formes marines, sa forte stabilité, son tirant d’eau qui permet un bon louvoyage. Ses qualités nautiques ont été façonnées par des générations de marins.

D’un bon volume intérieur, il permet des aménagements confortables pour de longues croisières.

Le pont très dégagé respecte le plan traditionnel, un peu aux dépends de la hauteur sous barrots, mais présente un agrément et une sécurité de manœuvre incomparables par rapport aux voiliers modernes.

Recherches avant et pendant la réalisation

Étude des épaves

De ce type de bateau disparu dans les années 40, ne restaient que peu de traces. En effet, seuls deux exemplaires naviguaient encore en Méditerranée. Quelques épaves à Audierne et à Camaret, des documents photographiques et des demi-coques de chantier se révélèrent déterminants pour la connaissance des formes.

Collectage

On préleva également de nombreuses pièces de charpente, telles que des étraves, des étambots, un gouvernail, des morceaux de membrures, de voûte et de tableau, des barrots, des taquets des pièces de rouf et d’accastillage, en particulier de toutes les ferrures forgées.

Témoignages

Interroger quelques marins du Cap Sizun s’est révélé indispensable surtout sur des points précis concernant le gréement, les manœuvres, la pêche, la vie à bord et la navigation. L’étude d’ Ar Vag s’avère elle aussi d’un intérêt considérable.

Étude de la documentation

Cependant, c’est le traçage de la charpente qui demandera le plus de recherche. On a relevé sous forme de notes, de croquis divers, de plans et de photographies la dimension des épaves d’Audierne et de Camaret, ainsi que leurs échantillonnages, leur architecture, leurs assemblages et leurs variantes.

La maquette

Une maquette complète du bateau sera fabriquée. Elle permettra de visualiser les formes, la décoration, le plan de pont et surtout le gréement. Elle constituera un élément concret de présentation du projet au public.

6 commentaires à “Caractéristiques de Skellig”

  1. Salut,

    je retape un vieux langoustier à Sète (Porz Louarn, construit en 1966 en Bretagne) et je recherche les dimensions approximatives de la mature (je n’ai aucun plan du bateau ni aucune photo…).

    Le bateau mesure environ 15 mètres sur 5.4m, poids 30 tonnes à vide, structure en chêne avec bordés iroko, donc des caractéristiques équivalentes à Skellig.

    Si vous avez une idée de la taille des ancres, chaine, guindeau, je suis preneur car il n’y a plus rien sur le bateau.

    Je ne suis pas un spécialiste de ce type de bateaux ni charpentier de marine, mon but est de remettre ce bateau en état de marche (moteur Baudouin 210 CV, électricité) et éventuellement voilure. Bref, du boulot!

    Merci pour votre site très instructiof, Philippe.

  2. Jacou dit :

    Salut,
    Belle entreprise que la vôtre; votre travail commence à porter ses fruits.
    D’après vos photos, je vois que certains bordés nécessiteront des remplacements dans quelques années.
    Dans quelques temps, je dois mettre sur le site un petit didacticiel sur la fabrication et la pose d’un bordé sur Skellig.
    Bonne continuation pour votre chantier.
    jacou

  3. Jacou dit :

    Pour ce qui est du mouillage, je le vois de cette façon:
    Une ancre d’environ 30 Kg.
    60m. de chaine de 12mm.
    100m de cablot nylon de 20mm.
    Pour le guindeau, 3 solutions:
    -Un guindeau manuel à manivelle (plus authentique, mais il faut des bras!!!)
    -Un guindeau électrique en 12v (il faudra une bonne batterie bien chargée: par le moteur ou un groupe électrogène.
    -Un guindeau hydraulique fonctionnant avec le moteur.

  4. rosmeur29 dit :

    Avez vous essayé d’avoir les plans originaux au niveau des douanes?
    Cette administration extraordinaire,,,,, conserve les dossiers de navires pendant de nombreuses années, jusqu’à 50 voir 100 ans!!!
    avec les plans constructeur, si le dossier est complet.
    Une simple demande au bureau gérant dit « port d’attache » vous permet d’avoir connaissance de ces plans, et d’en avoir copies.

    Bonne chance

    Rosmeur

  5. LUCAS daniel dit :

    je suis un ancien proprio du Porz louarn et je pense avoir encore les plans de construction.il faudrait que je recherche dans mes archives de l’armement. je l’ai acheté EN 90 au diben et exploité pendant 5ans comme caseyeur et 3 ans comme bateau de pompage d’eau de mer pour notre société COMPAGNIE MALOUINE DE NAVIGATION « ODEMER » puis vendu en 98 à M Pigagneul de Dijon
    0608824621
    cordialement
    D.LUCAS

  6. Vincent Hablot dit :

    Bonjour, mon grand père à dessiné et construit le PORZ LOURN, et nous avons toujours les plan du bateau.

    CHANTIER NAVAL DE PRIMEL
    ROLLAND MARINE
    6 rue de l’Abbesse
    29630 PLOUGASNOU

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